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Perdre pied

opéra performance pour mezzo, performeure, 2ix instruments et électronique (2005-2006, 60')

 

 

Jimmie LeBlanc - mon approche de l'interdisciplinarité

Le dialogue qui s'est développé entre Olivia et moi, entre son travail et le mien, m'a amené à concevoir une musique qui viendrait «moduler» l'ambiance de la performance. Du coup, je me suis placé comme premier interprète de son oeuvre, et je propose (voire impose) ma propre vision de son projet performatif, en prenant l'espace tout autour en otage.

J'ai rapidement senti, par ailleurs, que le type de rapport à la durée qu'impliquait le travail d'Olivia trouverait écho dans une écriture qui trace des parcours, explore un monde sonore sous forme d'îlots, d'archipels, de plages plus ou moins ouvertes qui se découvrent aux hasards des tournants, bifurcations et sensations de retour; mais sans jamais prendre tout à fait le devant de la scène. J'ai cherché à établir un rapport d'équilibre par lequel les différents volets du spectacle puissent coexister et se renvoyer le centre de l'attention, sans jamais fixer de centre en particulier. Mon univers conceptuel, pour la composition, s'est ainsi défini par des catégories comme l'espace (vaste/exigu), la sensation de proximité (proche/lointain, assourdissant/inaudible), la lumière (opaque/éblouissant), l'énergie (tendu/calme), la matérialité (brut/raffiné, fragile/solide) et la force (puissant/faible).

Perdre Pied est pour moi un opéra où la musique, la performance et le texte tentent, chacun à leur façon, et comme simultanément, de traduire des rapports au monde qui se rejoignent dans leur essence.

 

Olivia Boudreau - L’interdisciplinarité ?

J’ai peur que les choses se fixent, deviennent stériles. J’ai peur de me faire prendre par moi-même, de m’étouffer. Pour me brouiller, ne jamais arrêter de me chercher, je prends le risque de la collaboration. Je dis risque parce que c’en est un. En me posant face à une autre discipline, à une autre personne, dans l’espoir de trouver un espace commun, je risque de me perdre. Après, il faudra faire le chemin du retour jusque chez moi.

Quand j’ai rencontré Jimmie, j’ai eu un premier choc. Le travail d’écriture en musique est à l’opposé du travail de l’artiste visuel que je suis. L’écriture est un long processus qui ne peut être renversé à tout moment. Dans mon travail, j’ai besoin de faire table rase plusieurs fois avant de me fixer. Pourtant, Jimmie et moi partagions tout de même une façon de travailler : l’exercice de la pensée et du langage. Dire et écrire ce que l’on voit, ce que l’on entend, fut notre travail d’atelier pendant près d’un an. C’est ainsi que nous nous sommes compris, au-delà des exigences de nos disciplines et de nos personnalités.

Quand j’ai pensé la performance, je voulais donner un support à la musique. La présence de la pièce musicale de Jimmie me permettait de réaliser une performance extrêmement minimale. Un long parcours sans dénouement. Je ressentais qu’il ne fallait pas trop en faire. Que chacun de notre côté, nous disions beaucoup. Il y a beaucoup à comprendre dans ce qui ne change pas ou si peu. D’ailleurs, c’est peut-être le meilleur lieu pour comprendre le changement, l’instabilité, le mouvement.

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